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Mon propriétaire refuse de faire les travaux : que faire ?

Par michel 1 octobre 2026 Lecture 9 min Mis à jour le 26 septembre
Mon propriétaire refuse de faire les travaux : que faire ?

Une fuite sous l’évier qui traîne depuis trois mois, un radiateur glacé en plein janvier, des taches noires qui grimpent le long des murs de la chambre. Ces histoires, je les entends depuis quinze ans. Et la fin se ressemble souvent : le propriétaire refuse de faire les travaux, ou ne répond plus.

Bonne nouvelle, la loi penche plutôt de votre côté. Encore faut-il savoir quelles réparations relèvent vraiment du bailleur, et dans quel ordre avancer sans vous mettre vous-même en faute.

Voici le parcours que je conseille selon la nature du problème. Le tableau ci-dessous vous donne la marche à suivre avant d’entrer dans le détail.

Vos recours en un coup d’œil
Situation Première démarche Si le bailleur ne bouge pas Délai indicatif
Panne ou usure normale (chaudière, toiture, volets, canalisations) Demande écrite, puis mise en demeure en recommandé avec accusé de réception Conciliateur de justice ou commission départementale, puis juge 15 jours à 1 mois laissés au bailleur
Logement non décent (humidité, absence de chauffage, DPE classé G) Mise en demeure et signalement à la CAF si vous touchez une aide au logement Commission départementale de conciliation ou juge des contentieux de la protection 2 mois après la mise en demeure
Danger pour la santé ou la sécurité Signalement sur Signal Logement, à la mairie ou à l’ARS Arrêté administratif, loyer suspendu, travaux d’office Plusieurs mois, pompiers si danger immédiat
Urgence (fuite d’eau active, panne totale de chauffage l’hiver) Mesures conservatoires et courrier immédiat au bailleur Faire exécuter après mise en demeure puis demander le remboursement Quelques jours

Ce que votre propriétaire doit réellement prendre en charge

L’entretien et les grosses réparations, la part du bailleur

Tout part de l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989. Ce texte impose au bailleur de louer un logement décent, en bon état d’usage et de réparation, avec des équipements qui fonctionnent.

Il doit aussi entretenir les locaux pendant toute la durée du bail. Concrètement, il a la charge de toutes les réparations autres que locatives, celles qui dépassent le simple entretien courant.

Dans mes chantiers, voici ce qui revient presque toujours au propriétaire :

  • la toiture, la charpente et la structure du bâtiment
  • le remplacement d’une chaudière ou d’un chauffe-eau hors d’usage
  • les canalisations encastrées et les colonnes d’eau
  • les menuiseries extérieures abîmées par le temps
  • la mise en sécurité d’une installation électrique dangereuse

À l’inverse, les petites réparations sont à la charge du locataire. Le décret du 26 août 1987 en dresse la liste : joints, ampoules, entretien annuel de la chaudière, débouchage des éviers.

Attention à une nuance que beaucoup ignorent. Quand une réparation locative découle de la vétusté, d’une malfaçon ou d’un cas de force majeure, elle bascule à la charge du propriétaire.

Décence, normes et amélioration du logement

Un logement loué doit respecter les critères de décence fixés par le décret du 30 janvier 2002. Pas de risque pour la santé ou la sécurité, un chauffage correct, l’eau potable, de l’eau chaude, une pièce principale d’au moins 9 m² sous 2,20 m de plafond.

La performance énergétique fait aussi partie du lot depuis 2023. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au DPE ne peut plus faire l’objet d’un nouveau bail. Les classes F suivront en 2028, puis les E en 2034.

Les simples améliorations restent une autre affaire. Votre bailleur n’a aucune obligation de refaire une cuisine datée si elle fonctionne. Vous pouvez en revanche exiger la mise en conformité dès qu’un critère légal n’est pas respecté.

À retenir

  • Le propriétaire assume toutes les réparations autres que locatives, ainsi que celles dues à la vétusté.
  • Un logement non décent ouvre droit à une mise en conformité, y compris pour un DPE classé G.
  • Vous ne devez jamais cesser de payer votre loyer sans décision d’un juge.
  • Chaque échange doit laisser une trace écrite, photos datées à l’appui.

Face à un bailleur silencieux, les étapes dans l’ordre

La demande écrite, puis la mise en demeure

Tout commence par une demande écrite, même après un coup de fil. Un mail ou un courrier simple suffit à ce stade. Décrivez le problème, sa date d’apparition, et joignez des photos.

Sans réponse sous quinze jours, passez à la mise en demeure. Ce courrier formel rappelle au propriétaire ses obligations légales et lui fixe un délai précis pour agir.

Pour qu’elle tienne la route, votre lettre doit contenir plusieurs éléments. La description détaillée des désordres, la référence à l’article 6 de la loi de 1989, le délai accordé et les recours que vous engagerez en cas de silence.

Envoyez-la en recommandé avec accusé de réception et gardez une copie. L’accusé de réception prouve la date de remise, et c’est elle qui lance le compte à rebours.

Un courrier recommandé bien rédigé fait souvent davantage avancer un chantier que dix appels restés sans suite.

Côté efficacité, je place cette mise en demeure très haut 4/5 car une bonne partie des bailleurs réagit à ce stade. Beaucoup mesurent enfin le risque judiciaire en recevant ce courrier.

Gardez en tête le calendrier. Vous disposez de trois ans pour agir en justice, d’après l’article 7-1 de la loi de 1989. Mieux vaut ne pas laisser pourrir la situation.

Quand le propriétaire ne réagit pas : la consignation des loyers

C’est la tentation numéro un. Le bailleur ne fait rien, alors vous gardez l’argent. Mauvaise idée.

À lire lentement

Arrêter de payer votre loyer de votre propre chef transforme la victime en débiteur et ouvre la porte à une procédure d’expulsion.

La seule voie sûre passe par une autorisation du juge. Il peut vous permettre de consigner les loyers auprès d’un tiers en attendant que le propriétaire se décide à réaliser les travaux.

Les recours amiables : médiation et conciliation

Avant le tribunal, un tiers neutre débloque souvent la situation. Le conciliateur de justice intervient gratuitement et reçoit dans les mairies ou les maisons de justice. Un médiateur peut aussi être choisi, parfois contre rémunération.

Pour préparer ces démarches, je vous recommande l’ADIL de votre département. Ses juristes donnent un avis gratuit et vous aident à monter un dossier solide.

Les recours juridiques contre un propriétaire récalcitrant

Saisir la commission départementale de conciliation (CDC)

Chaque département dispose d’une commission départementale de conciliation. Elle réunit à parts égales des représentants des bailleurs et des locataires, et sa saisine est gratuite.

Elle traite les désaccords sur la décence, les réparations, les charges ou le dépôt de garantie. Vous la saisissez par lettre recommandée, avec la copie du bail et de votre mise en demeure.

Son avis n’oblige personne. Il pèse pourtant lourd si l’affaire finit devant un juge, et pour un litige de décence, son passage reste facultatif avant la justice.

L’action en justice devant le tribunal judiciaire

Quand le propriétaire refuse de faire les réparations malgré tout, il reste à saisir le juge. Plus précisément, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire dont dépend le logement.

La présence d’un avocat n’est pas obligatoire dans ce type de contentieux. Je la conseille toutefois dès que le dossier devient technique ou que les sommes en jeu grimpent.

Le juge dispose de vrais leviers. Il peut ordonner les travaux nécessaires sous astreinte, réduire ou suspendre le loyer jusqu’à leur achèvement, et accorder des dommages et intérêts.

En cas de doute sur l’origine d’un désordre, il peut aussi désigner un expert. Cette expertise judiciaire tranche la question de savoir qui doit payer.

Votre dossier fera la différence. Rassemblez le contrat de bail, l’état des lieux d’entrée, vos courriers, les accusés de réception, les photos datées et, si possible, un constat de commissaire de justice.

Logement insalubre ou dangereux : une urgence à part

Un logement non décent pose un problème de confort. Un logement insalubre, lui, met en danger la santé ou la sécurité des occupants. Moisissures massives, plomb, murs qui se fissurent ou électricité à nu changent la nature du dossier.

Dans ce cas, la procédure devient administrative. Vous signalez la situation sur la plateforme Signal Logement, au service d’hygiène de votre mairie ou à l’ARS. Le numéro Info logement indigne, le 0806 706 806, vous oriente aussi.

Après visite, le préfet ou le maire peut prendre un arrêté d’insalubrité ou de mise en sécurité. Le bailleur doit alors réaliser les travaux prescrits dans un délai fixé, sous peine de travaux d’office à ses frais.

Pour vous, l’effet est immédiat. Le paiement du loyer est suspendu dès le premier jour du mois qui suit la notification de l’arrêté, et le propriétaire doit vous reloger si l’habitation devient interdite.

Face à un danger imminent, comme un plafond qui menace de tomber, n’attendez rien. Appelez les pompiers, puis la mairie.

Faire les travaux vous-même : une piste à manier avec prudence

Parfois, attendre coûte plus cher que d’agir. Une fuite d’eau active abîme le parquet, un chauffage en panne rend l’hiver invivable. L’article 1222 du Code civil offre alors une porte de sortie.

Après une mise en demeure restée sans effet, vous pouvez faire exécuter l’obligation vous-même, dans un délai et à un coût raisonnables. Vous demandez ensuite au bailleur le remboursement des sommes engagées.

Mon conseil de praticien : faites intervenir un professionnel plutôt que de bricoler. Demandez deux ou trois devis, conservez la facture et photographiez l’avant et l’après.

Conditions et risques de la déduction du loyer

Déduire la facture de votre loyer paraît logique. Juridiquement, le terrain est glissant.

Sans accord écrit du bailleur ou décision du juge, cette retenue compte comme un impayé. Le propriétaire peut alors vous délivrer un commandement de payer, activer la clause résolutoire du bail et engager une expulsion.

Autre risque, les travaux mal ciblés. Transformer le logement sans autorisation écrite peut vous obliger à remettre les lieux en état à votre départ, à vos frais.

La démarche la plus sûre reste de demander au juge l’autorisation de réaliser les travaux nécessaires et d’en imputer le coût sur les loyers. Plus lent, mais sans mauvaise surprise.

Anticiper les litiges grâce à l’état des lieux

Beaucoup de conflits se gagnent ou se perdent le jour de la remise des clés. Un état des lieux d’entrée précis protège vos droits pendant toute la location.

Prenez votre temps lors de la visite. Ouvrez les robinets, testez chaque prise, actionnez les volets, regardez les angles des plafonds. Chaque défaut noté prouve qu’il existait avant votre arrivée.

La loi vous laisse une marge. Vous pouvez demander à compléter l’état des lieux dans les dix jours suivant sa signature, et dans le premier mois de la période de chauffe pour le chauffage.

Doublez le document de photos datées et envoyez-les au bailleur par mail. Le jour où un problème surgit, vous saurez exactement ce qui relevait de lui, et lui aussi.

michel

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