L’arum est une plante qui ne laisse personne indifférent. Ses grandes fleurs en cornet, sa silhouette élancée et son feuillage brillant en font l’une des stars des jardins et des maisons. Qu’on l’appelle calla, zantedeschia ou simplement arum, cette vivace séduit autant les jardiniers confirmés que les débutants curieux d’agrémenter leur intérieur ou leur extérieur avec une touche d’exotisme.
Avec quinze ans de pratique dans le conseil en décoration et jardinage, j’ai accompagné des centaines de personnes dans la culture de cette plante magnifique. Ce guide complet vous donnera toutes les clés pour réussir la plantation, assurer un entretien adapté et profiter d’une floraison généreuse saison après saison.
Les différentes espèces et variétés d’arums
Avant de vous lancer, un tableau récapitulatif vous donnera une vision claire des principales espèces disponibles, pour choisir celle qui correspond le mieux à votre projet.
| Espèce / Variété | Nom commun | Couleur de la spathe | Hauteur | Exposition | Utilisation |
|---|---|---|---|---|---|
| Zantedeschia aethiopica | Arum blanc / Calla d’Éthiopie | Blanc pur | 60 à 100 cm | Soleil à mi-ombre | Jardin, bord de bassin, bouquets |
| Zantedeschia rehmannii | Arum rose ou violet | Rose à violet | 30 à 60 cm | Soleil à mi-ombre | Pot, intérieur, bouquets |
| Zantedeschia albomaculata | Arum tacheté | Blanc à jaune | 40 à 60 cm | Mi-ombre | Pot, jardin, compositions |
| Zantedeschia ‘Brunello’ | Arum orange | Orange vif | 40 à 60 cm | Soleil à mi-ombre | Pot, terrasse, bouquets |
| Arum italicum | Arum d’Italie | Vert pâle | 30 à 50 cm | Mi-ombre à ombre | Sous-bois, massifs |
| Arum maculatum | Arum sauvage / Gouet tacheté | Vert à pourpre | 20 à 40 cm | Mi-ombre | Jardins naturalistes |
| Arum ‘Black Forest’ | Arum noir | Noir pourpré | 40 à 60 cm | Soleil à mi-ombre | Pot, décoration, compositions |
L’arum appartient à la grande famille des Aracées. Ce que l’on prend pour la fleur est en réalité une bractée — la spathe — qui entoure un épi central appelé spadice. C’est cette forme si particulière, ce grand cornet évasé, qui lui vaut son succès en fleuristerie.
Le zantedeschia aethiopica, communément appelé arum blanc ou calla, est l’espèce la plus répandue dans les jardins français. Ses grandes spathes d’un blanc immaculé apparaissent de mai à septembre et font le bonheur des amateurs de bouquets élégants.
Les espèces et variétés colorées — jaune, orange, rose, violet ou même noir — sont généralement plus compactes. Elles conviennent parfaitement à la culture en pot ou sur un balcon. Le Zantedeschia rehmannii, avec ses teintes allant du rose pâle au violet profond, est particulièrement prisé pour la décoration intérieure.
L’Arum italicum, lui, joue dans une autre catégorie. Ce n’est pas un zantedeschia, mais un arum au sens botanique strict. Son feuillage vert veiné de blanc est remarquable en hiver, et ses fruits rouge vif en été sont très décoratifs — attention cependant, ils sont toxiques.
La plantation de l’arum : le bon moment et le bon endroit
Quand planter les arums ? (Printemps, automne)
La période de plantation dépend du type d’arum et de la forme sous laquelle vous l’achetez. Pour les rhizomes sec achetés en jardinerie, deux fenêtres s’offrent à vous.
Pour les arums colorés (zantedeschia hybrides), je recommande une plantation au printemps, dès que les risques de gel sont écartés. En pratique, mars à mai est la bonne fenêtre selon votre région.
Pour l’arum blanc (Zantedeschia aethiopica), la plantation peut se faire à l’automne dans les régions au climat doux. Le rhizome s’installe alors tranquillement avant les premières floraisons de mai.
- Printemps (mars à mai) : idéal pour les arums colorés et les régions aux hivers rigoureux.
- Automne : possible pour l’arum blanc dans les zones à hiver doux.
- En pot : possible dès le début du printemps, à garder au chaud jusqu’aux sorties en extérieur en mai.
Où planter l’arum ? (Pleine terre, pot, balcon)
L’arum est une plante polyvalente qui s’adapte à de nombreuses situations. En pleine terre, il donne sa mesure au bord d’un bassin, en massif ou en lisière de sous-bois selon l’espèce choisie.
En pot sur une terrasse ou un balcon, il se montre tout aussi spectaculaire. Cette solution présente un avantage non négligeable : vous pouvez le rentrer facilement à l’abri quand le froid arrive.
À l’intérieur, les zantedeschia colorés se comportent comme des plantes de maison à condition de leur offrir suffisamment de lumière. L’arum blanc, lui, préfère rester dehors pendant sa période de végétation.
Comment planter les bulbes d’arum ?
La plantation des bulbes d’arum ne présente pas de difficulté particulière si l’on respecte quelques règles de base.
En pleine terre :
- Bêchez le sol en profondeur et incorporez du compost bien décomposé.
- Enterrez les bulbes à environ 10 cm de profondeur (5 cm en pot).
- Espacez-les de 30 à 40 cm selon la variété.
- Tassez légèrement la terre et arrosez généreusement à la plantation.
- Dans les régions froides, couvrez d’une couche de paille ou de feuilles mortes.
Pour les arums blancs en bordure de bassin, vous pouvez même les installer sous 5 cm d’eau — cette plante semi-aquatique s’y épanouit naturellement.
Quel terreau et quel pot pour l’arum en pot ?
Le choix du pot est important. Optez pour un contenant de 20 à 30 cm de diamètre minimum, avec un drainage irréprochable. Je place systématiquement une couche de billes d’argile au fond avant d’ajouter le substrat.
Pour le terreau, je privilégie un mélange composé à parts égales de terre végétale et de terreau universel enrichi. Ce mélange riche, léger et bien drainant répond parfaitement aux besoins de l’arum.
Veillez à ce que le pot soit percé : un excès d’eau stagnante dans les racines entraîne rapidement la pourriture du rhizome. Un bon drainage reste la priorité absolue pour réussir la culture en pot.
L’entretien de l’arum : les clés d’une plante épanouie
L’arrosage : trouver le bon équilibre
L’arrosage est sans doute le point le plus délicat dans l’entretien de l’arum. Cette plante d’origine semi-marécageuse a des besoins en eau importants, mais elle ne tolère pas l’eau stagnante.
Pendant la période de croissance et de floraison, arrosez régulièrement et copieusement. En été, quand la chaleur est forte et que le sol sèche vite, arrosez encore plus souvent — un arum qui manque d’eau ne fleurira pas, ou peu.
Après la floraison, réduisez progressivement les arrosages jusqu’au jaunissement des feuilles. Ensuite, stoppez tout arrosage pour laisser les rhizomes entrer en repos. Cette alternance humide/sec est indispensable pour retrouver une belle floraison l’année suivante.
Quelques conseils pratiques pour les arrosages :
- Utilisez de préférence de l’eau peu calcaire (eau de pluie ou eau filtrée).
- Arrosez à la base de la plante, sans mouiller les feuilles.
- En pot, vérifiez que l’eau s’écoule bien par le fond après chaque arrosage.
- Évitez les arrosages le soir en période humide pour limiter les risques de champignons.
La fertilisation : nourrir votre arum
L’arum est gourmand. Pendant la période de croissance, un apport régulier en engrais fait toute la différence sur la qualité et la durée de la floraison.
J’applique un engrais liquide spécial plantes fleuries tous les 15 jours de mai à la fin de la floraison. Pendant la floraison pleine, je passe même à une fois par semaine pour soutenir l’effort de la plante.
En hiver, stop aux engrais. La plante est au repos et n’a aucun besoin nutritif pendant cette période. Reprendre trop tôt les apports pourrait perturber son cycle naturel.
La taille : quand et comment tailler ?
La taille de l’arum est simple et limitée. Il ne s’agit pas d’une opération complexe, mais d’un entretien de propreté qui conditionne la vigueur de la plante.
Supprimez les fleurs fanées au fur et à mesure de leur apparition. Cette taille légère évite la formation de graines et encourage la plante à produire de nouvelles fleurs. Coupez au ras de la tige avec un sécateur propre.
À l’automne, une fois le feuillage complètement jauni, coupez les tiges et les feuilles à la base. Ne taillez jamais le feuillage vert : les feuilles participent activement à la nutrition du rhizome jusqu’à leur jaunissement naturel.
L’exposition idéale : lumière et chaleur
L’arum apprécie la lumière, mais sans excès de soleil direct en plein été. Une exposition ensoleillée le matin ou en fin d’après-midi lui convient parfaitement.
À l’intérieur, placez votre arum dans un endroit lumineux, à proximité d’une fenêtre orientée est ou ouest. Évitez les rayons du soleil de plein midi qui brûlent les feuilles.
La température idéale se situe entre 15 et 25 degrés. En dessous de 10°C, la plante entre en dormance. Évitez également les courants d’air et la proximité des radiateurs qui assèchent l’air ambiant — l’arum a besoin d’une bonne hygrométrie, autour de 50 %.
L’hivernage : protéger l’arum du froid
La rusticité de l’arum varie selon les espèces. L’arum blanc peut supporter jusqu’à -10 ou -15 degrés si le sol est bien drainé et le rhizome protégé par un paillage épais. Les zantedeschia colorés, eux, sont beaucoup plus frileux et ne résistent pas au gel.
Pour les arums en pot, rentrez-les à l’abri dès que les températures nocturnes descendent sous 10°C. Une véranda, un garage ou une pièce de la maison fraîche et lumineuse conviennent parfaitement pendant l’hiver.
Pour les arums en pleine terre dans les régions froides, recouvrez la zone de plantation d’un paillage épais de 10 à 15 cm de feuilles mortes ou de paille. Retirez cette protection au plus tard en avril pour permettre à la plante de reprendre sa croissance sans entrave.
La multiplication de l’arum : partager le plaisir
Multiplier ses arums est à la fois économique et gratifiant. La méthode la plus simple et la plus efficace reste la division du rhizome ou du bulbe.
Le meilleur moment pour procéder ? Au printemps ou à l’automne, lors du rempotage ou de la division des touffes. Déterrez délicatement le rhizome et repérez les rejets naturels qui se sont développés autour de la souche principale. Séparez-les avec un couteau propre et bien aiguisé.
Chaque section doit posséder au moins un œil (bourgeon) et quelques racines. Replantez immédiatement les divisions à la bonne profondeur dans un terreau frais et enrichi, puis arrosez régulièrement pour favoriser la reprise.
Le semis reste possible mais demande beaucoup plus de patience. Les graines doivent être semées à la surface d’un terreau humide maintenu à environ 25°C, exposées à la lumière. La germination prend de un à trois mois, et la première floraison n’intervient généralement qu’un an après. Pour la plupart des jardiniers, la division est de loin le meilleur choix.
Les maladies et parasites de l’arum : prévention et traitement
L’arum n’est pas une plante particulièrement fragile, mais certains problèmes surviennent quand les conditions ne sont pas respectées. La majorité des maladies que je rencontre sont directement liées à des erreurs d’arrosage ou d’exposition.
Les principaux problèmes à surveiller :
- La pourriture des racines : causée par un excès d’eau stagnante. Les feuilles jaunissent et des taches brunes apparaissent sur le rhizome. La prévention passe par un drainage irréprochable et des arrosages mesurés.
- Les taches foliaires : des taches jaunes ou brunes sur les feuilles peuvent signaler un champignon. Supprimez les parties atteintes et évitez de mouiller le feuillage lors des arrosages.
- Les pucerons : ils s’installent parfois sur les jeunes pousses et les fleurs. Un traitement à l’eau savonneuse suffit généralement à en venir à bout sans recourir aux produits chimiques.
- Les acariens : ils apparaissent quand l’air est trop sec, notamment en intérieur. Vaporisez régulièrement les feuilles avec de l’eau pour maintenir un taux d’humidité satisfaisant dans l’air.
La meilleure prévention reste un entretien régulier et une bonne observation de la plante. Repérer rapidement un problème permet toujours d’intervenir plus efficacement.
L’arum dans la maison : est-ce possible ?
La question revient souvent : peut-on cultiver un arum à l’intérieur ? La réponse est oui, sous conditions. Les zantedeschia colorés s’adaptent mieux à la vie en appartement que l’arum blanc, qui préfère être dehors pendant sa période de végétation.
Pour réussir un arum en intérieur, quelques règles s’imposent. Placez l’arum dans un endroit lumineux, près d’une fenêtre bien exposée. La lumière est indispensable pour une bonne floraison et un feuillage vert soutenu.
Veillez à maintenir une hygrométrie correcte autour de la plante. L’air sec des maisons en hiver est souvent l’ennemi numéro un des arums d’intérieur. Un humidificateur ou un simple bol d’eau posé à proximité peut faire la différence.
L’arrosage en intérieur doit être ajusté avec soin. La terre ne doit ni sécher complètement, ni rester gorgée d’eau. Je recommande d’arroser dès que le premier centimètre de terreau devient sec au toucher.
Comme pour les autres espèces, l’arum cultivé en maison a besoin d’une période de repos après la floraison. Réduisez les arrosages progressivement, laissez le feuillage jaunir et cesser, puis accordez à la plante deux mois de repos au frais avant de relancer la croissance.
L’arum dans le langage des fleurs et en décoration
L’arum occupe une place de choix dans l’univers de la décoration florale. Ses grandes fleurs en cornet, ses lignes épurées et ses couleurs — des blancs immaculés aux oranges éclatants — en font un allié précieux pour les compositions soignées.
Dans le langage des fleurs, l’arum blanc symbolise l’élégance, la pureté et la sophistication. Ce n’est pas un hasard s’il figure parmi les fleurs les plus utilisées dans les bouquets de mariage et les décorations de cérémonie. Ses grandes spathes blanches apportent une touche à la fois majestueuse et délicate.
En décoration intérieure, un simple vase avec quelques arums suffit à transformer une pièce. Les tiges longues et les fleurs structurées se marient aussi bien avec un intérieur contemporain épuré qu’avec un style plus classique et chaleureux.
Dans les jardins, les arums blancs créent des tableaux saisissants en bord de bassin ou en massif. Associez-les à des hostas pour le feuillage ou à des roses romantiques pour un rendu plein de poésie. Les variétés colorées — jaune, orange, rose ou violet — apportent quant à elles une touche de couleur vive et exotique qui dynamise n’importe quelle composition.
En fleuristerie, les arums tiennent très bien en vase, parfois plus d’une semaine. Coupez les tiges en biseau et renouvelez l’eau tous les deux jours pour prolonger leur beauté le plus longtemps possible.
Questions fréquentes sur l’arum
Quelle est la différence entre un arum et un calla ?
La confusion entre ces deux termes est très courante, même chez les jardiniers expérimentés. Dans le langage courant, « arum » et « calla » désignent souvent la même plante : le Zantedeschia aethiopica, cette grande fleur blanche que l’on voit chez les fleuristes.
En réalité, d’un point de vue botanique, le nom « arum » désigne un genre distinct (Arum maculatum, Arum italicum…) qui regroupe des plantes sauvages européennes. Le calla et le zantedeschia forment un autre genre, originaire d’Afrique du Sud. Dans la pratique et en jardinerie, les trois noms — arum, calla, zantedeschia — sont utilisés pour désigner les mêmes plantes ornementales.
L’arum est-il toxique pour les animaux domestiques ?
Oui, tous les arums sont toxiques — pour les animaux comme pour les humains. L’ingestion de n’importe quelle partie de la plante (feuilles, fleurs, rhizome) peut provoquer des irritations sévères de la bouche, de la gorge et du tube digestif.
Cette toxicité concerne aussi bien les chiens que les chats. Si vous avez des animaux domestiques qui ont tendance à grignoter les plantes, placez vos arums hors de leur portée, en hauteur ou dans une pièce inaccessible. Même précaution avec les jeunes enfants.
Pourquoi mon arum ne fleurit pas ?
C’est la question que l’on me pose le plus souvent. Plusieurs raisons peuvent expliquer l’absence de floraison.
- Manque de lumière : l’arum a besoin d’une bonne luminosité pour fleurir. Un endroit trop sombre donne un feuillage abondant mais aucune fleur.
- Sol trop pauvre : sans apport régulier en engrais, la plante n’a pas l’énergie suffisante pour fleurir.
- Arrosage insuffisant : un manque d’eau en période de croissance bloque la floraison.
- Absence de période de repos : sans dormance hivernale, l’arum ne refait pas le plein d’énergie nécessaire pour refleurir.
- Rhizome trop profond ou trop peu profond : une mauvaise profondeur de plantation peut retarder ou empêcher la floraison.
L’arum peut-il rester toute l’année dehors ?
Cela dépend de l’espèce et de votre région. L’arum blanc (Zantedeschia aethiopica) est le plus rustique : il peut rester en pleine terre en hiver dans les régions à hivers doux, à condition d’être bien paillé. Il supporte des températures jusqu’à -10 ou -15°C si le sol est drainant.
Les zantedeschia colorés sont beaucoup plus sensibles au froid. Dès que les températures descendent sous 5°C, il vaut mieux les rentrer. En pot, cette opération est simple. En pleine terre dans une région froide, je déconseille de les laisser dehors l’hiver — mieux vaut déterrer les rhizomes et les conserver au sec et au frais, à l’abri du gel, jusqu’au printemps suivant.